Nigritella

Depuis les études génétiques menées par Bateman et al, le genre Nigritella est considéré comme inclus dans le genre Gymnadenia. Ceci est confirmé par l'existence régulière d'hybrides naturels entre ces deux genres, ce qui atteste de leur proximité. Cependant, vu la forte différence morphologique existant entre les nigritelles et les autres Gymnadenia, et l'écologie strictement montagnarde des nigritelles, je préfère les conserver en tant que genre.

Nigritella corneliana (Beauverd) Gölz & Reinhard 1986 ( = Gymnadenia corneliana (Beauverd) Teppner & E. Klein 1998): Nigritelle de Cornelia, Nigritelle rose.

Cette espèce a été nommée en hommage à la botaniste genevoise Cornelia Rudio, qui en a récolté le type en 1925. C'est la nigritelle la plus facile à identifier grâce à son inflorescence qui se décolore par la base lorsque les fleurs s'épanouissent, ce qui lui donne un aspect bicolore caractéristique. Mais comme rien n'est simple chez les orchidées, chez la variété bourneriasii, l'inflorescence ne se décolore pas et reste uniformément rose (photo de droite ci-dessous).

Comme toutes les nigritelles, c'est une plante de prairies alpines, qui se rencontre surtout dans le sud de l'arc alpin. En France elle est présente de la Chartreuse aux Alpes Maritimes, et est plus abondante au sud. Je l'ai rencontrée à proximité de l'Alpe d'Huez, en Isère.

Nigritella rhellicani Teppner & E. Klein 1990 (= Gymnadenia rhellicani (Teppner & E. Klein) Teppner & E. Klein 1998 )  Nigitelle de Rellikon, Orchis vanille

 

Cette espèce fleurit un peu plus tardivement que N. corneliana. Elle s'en distingue par ses fleurs généralement plus foncées, (l'espèce avait été décrite sous le nom de N. nigra), sentant la vanille, et restant de la même couleur après épanouissement ce qui fait que  l'épi floral est unicolore. Mais cette espèce présente également parfois des variations de couleur (brique, jaune, blanc). L'identification formelle des nigritelles passe par l'observation fine de la forme du labelle, et de la marge des bractées inférieures, qui portent des papilles plus ou moins longues, mais ce ne sont pas des caractères que l'on peut distinguer sur photo.

Cette espèce est présente dans tout l'arc alpin, entre 1000 et 2500m, ainsi que dans le Jura. Je l'ai également rencontrée à proximité de l'Alpe d'Huez.

Autres Orchis

Orchis pallens Linné 1771: Orchis pâle

L'Orchis pâle doit bien sûr son nom à la couleur jaune uniforme de ses fleurs. De loin, on peut le confondre avec la forme jaune de Dactylorhiza sambucina, qui croît souvent à proximité. Il a cependant une stature plus élevée. Les feuilles, larges et brillantes, non ponctuées, sont regroupées à la base de la tige.

De plus près, on notera le labelle plus "carré", bombé, aussi large que long, aux lobes peu marqués souvent étalés, et sans aucune ponctuation. Les bractées sont plus réduites et peu visibles entre les fleurs. L'éperon est ascendant et croise l'ovaire, alors que chez les Dactylorhiza, il est droit et descendant.

Cette espèce montagnarde se rencontre de-ci de-là sur les alpages en terrains calcaires à un peu acides, ou en sous-bois clair plus bas en altitude. C'est une espèce peu abondante que l'on peut rencontrer dans les Alpes, les Pyrénées, les Corbières, le Puy de Dôme, le Haut Jura. Il existe également une petite station isolée en Alsace, au pied des Vosges. J'ai pu en voir une belle population dans le Vercors, ainsi que quelques pieds en fin de floraison dans les Pyrénées.

Il a pu être mis en évidence que cette espèce était plus fréquemment pollinisée lorsque elle pousse à proximité de la Gesse printanière, Lathyrus vernus, une légumineuse qui a des fleurs jaunes en grappe et qui produit du nectar. Il semble bien que Orchis pallens joue sur ce mimétisme visuel pour leurrer les bourdons qui pollinisent habituellement la Gesse. En absence de la Gesse, l'espèce est quand même visitée par les pollinisateurs, mais avec un succès moindre.

Orchis provincialis Balbis 1806: Orchis de Provence.

Cette espèce proche d'Orchis mascula s'en distingue immédiatement par la couleur blanc crème des ses fleurs, qui peuvent être exceptionnellement rosées. De profil on remarquera la forme bombée du labelle qui permettra de la différencier d'une autre espèce proche, O. pauciflora, si on se trouve en Corse, ou d'un Orchis mascula à fleurs blanches (voir la page dédiée aux anomalies de couleur).

Si cette espèce doit son nom à la région d'où elle a été décrite, elle a en fait une aire de répartition vaste, qui comprend quasiment tout le pourtour méditerranéen. En France elle se rencontre en région méditerranéenne, dans la vallée du Rhône jusqu'à Lyon, et à l'ouest jusqu'au sud du Limousin. J'en ai vu en Ardèche, dans l'Aveyron, la Drôme, l'Aude et dans le Var.

Orchis provincialis Orchis provincialis

Orchis olbiensis Reuter in Ardoino 1867: Orchis d'Hyères

Olbia, colonie grecque devenue Hyères, a donné son nom à deux espèces d'orchidées: Orchis olbiensis, et Serapias olbia décrit plus bas dans cette page. Cette espèce proche d'Orchis mascula s'en distingue par sa taille modeste (jusqu'à 25 cm), son inflorescence lâche, ses fleurs pâles, peu nombreuses, à éperon ascendant, épais et beaucoup plus long que l'ovaire.

Cette plante des endroits secs sur sols calcaires se rencontre, pour la France, en Corse et sur le pourtour méditerranéen. J'en ai rencontré quelques exemplaires dans le Var qui étaient en toute fin de floraison le 1er mai.Par la suite j'ai été intrigué par des plantes photographiées par un ami au château de Queribus, dans l'Aude, et effectivement, lorsque j'y suis passé, Orchis olbiensis était bien là, en pleine fleurs, juste à coté du parking!

Orchis spitzelii Sauter ex W Koch 1837: Orchis de Spitzel

Cette espèce a été nommée en hommage à un botaniste et forestier bavarois.

C'est une espèce montagnarde sous nos latitudes, qui descend au niveau de la mer en Suède. On peut la rencontrer entre 800 et 2000 mètres, typiquement en sous-bois clair sur substrat basique, souvent parmi les myrtilles et les raisins d'ours, en des endroits bien enneigés l'hiver.

Elle est facile à reconnaître. Proche d'Orchis mascula, elle ressemble au loin à un mascula entrain de faner. De près on peut découvrir les sépales rassemblés en casque, de couleur olive à l'extérieur, et vert franc ponctué de pourpre à l'intérieur. Le labelle est faiblement lobé, pendant, bombé, de couleur violette avec une ponctuation plus sombre vers le centre. L'éperon, assez épais, est descendant et ne croise pas l'ovaire.

C'est une espèce peu abondante, protégée au niveau national. Elle se rencontre dans les Alpes essentiellement, rarement dans le Jura, la Corse et les Pyrénées Orientales. Je l'ai rencontrée dans l'est du Vercors.

Pseudorchis

Pseudorchis albida (Linné) A & D Löwe 1969: Orchis miel

Cette espèce qui ne peut être confondue avec aucune autre dans nos régions se reconnaît (quand on a réussi à la repérer dans l'herbe) à sa grappe de très petites fleurs blanches et odorantes. Sépales et pétales sont rassemblés en casque peu ouvert surplombant un labelle à trois lobes dirigés vers le bas.

Cette espèce se rencontre dans toutes les montagnes, dans les prairies, pelouses et bois clairs sur sols acides à faiblement basiques, mais existait autrefois en Normandie et dans les Ardennes. Je l'ai rencontrée sur les crêtes des Vosges, ainsi qu'en Isère où certains pieds étaient particulièrement élevés.

Serapias

Serapias olbia Verguin 1907: Serapias d'Hyères

Cette espèce n'est pas évidente à différencier de S. lingua. Pour cela il faudra regarder à l'intérieur du casque formé par les sépales. A la base du labelle se trouve une callosité, sorte de masse noirâtre. Chez S. lingua elle est ovoïde, entière, tandis que chez S. olbia, elle est fendue en deux par un sillon profond et forme ainsi deux crêtes à peu près parallèles. Hormis ce critère, on pourra aussi regarder le labelle: ses lobes latéraux émergent peu du casque, et il est en proportion plus large que chez S. lingua, et de couleur rouge vineux plus constante.

Cette espèce est strictement méditerranéenne et ne se rencontre qu'à basse altitude des Bouches du Rhône aux Alpes Maritimes et en Corse. Je l'ai rencontrée dans le Var.

Serapias olbia

Serapias strictiflora Welwitsch ex Veiga 1886: Serapias à fleurs raides

Au milieu d'environ 300 S. olbia se trouvaient une poignée de pieds d'allure différente: aspect plus grêle, peu de fleurs, labelle très sombre et de forme très allongée. Après consultation de la littérature à ma disposition, il s'agirait de Serapias strictiflora, ou S. gregaria suivant les auteurs (il semble y avoir des avis divergents sur les plantes à rattacher à certains noms), même si le labelle des plantes que j'ai trouvées était sensiblement plus long (épichile de 22 mm) que les descriptions des livres (9 à 16-18 mm). Détermination à confirmer donc. Cela se passait dans le Var, département décidément très riche! Quelque soit le nom qu'on lui donne, il s'agit là d'une des espèces de Serapias les plus rares en France, qui mériterait protection.

Serapias strictiflora Serapias strictiflora

Serapias neglecta De Notaris 1858: Serapias négligé

Serapias négligé... on se demande comment une aussi belle plante a pu rester négligée. Ses fleurs sont en effet remarquables par leur taille inhabituelle parmi nos orchidées indigènes. L'épichile du labelle fait en effet 20-28 mm de long, plus l'hypochile 14-18 mm. L'épichile presque aussi large que long a une couleur rose chair veinée de rose plus sombre, avec une pilosité blanchâtre, longue et éparse à sa base et en son centre.

Ces grandes fleurs sont d'autant plus étonnantes que la plante elle même est peu élevée, 30 cm pour un bel exemplaire. On la rencontre de mars à début mai dans l'extrême sud-est et en Corse, sur substrat acide. Localement commune, elle est cependant globalement rare et est protégée au niveau national.

Serapias neglecta Serapias neglecta Serapias neglecta Serapias neglecta

Traunsteinera

Traunsteinera globosa (Linné) Reichenbach 1842 : Orchis globuleux

Ce genre européen comporte deux espèces très proches l'une de l'autre. Traunsteinera globosa se rencontre dans les massifs montagneux du nord de l'Espagne au centre de l'Europe. Sa cousine T. sphaerica pousse dans les mêmes milieux du Caucase à l'est de la Mer Noire, et s'en distingue en particulier par ses fleurs blanc crème.

Le nom de l'espèce vient de la forme de l'inflorescence, qui est globuleuse à maturité. Les fleurs sont très caractéristiques: petites, nombreuses, dotées de sépales longuement effilés et spatulés à leur extrémité, le labelle est profondément trilobé. L'inflorescence imite très bien les fleurs de scabieuses et de knauties, qui attirent beaucoup d'insectes.

Le feuillage est caractéristique; les feuilles sont allongées, engainantes, de longueur décroissante en remontant le long de la tige, et ne forment pas de rosette à la base.

Je n'ai pas eu la chance de voir cette espèce en fleurs lors de mon séjour dans le Vercors elle n'était pas encore épanouie, mais j'ai pu en repérer un pied en boutons au Col de Menée, à la limite entre Drôme et Isère. En 2006, j'ai enfin eu le plaisir d'en trouver une belle population en pleine floraison près de l'Alpe d'Huez, à 2000 m d'altitude début juillet. Ce plaisir s'est renouvelé en 2007 dans les Hautes Alpes et l'Isère où cette espèce est bien présente autour du col du Lautaret.

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