Autres Ophrys - 2

 

Ophrys elatior Gumprecht ex H.F. Paulus 1996 (syn.: Ophrys fuciflora subsp. elatior Engel & Quentin 1997): Ophrys élevé

Cette espèce est assez proche de O. fuciflora, mais elle s'en distingue par ses fleurs de petite taille, sa stature élancée (jusque à 80 cm de hauteur!), et sa période de floraison estivale (fin juin à septembre). Son biotope est constitué de prairies sur les terrasses alluviales. On la rencontre en France dans la vallée du Rhin et celle du Rhône, où elle est  très rare et menacée par la disparition de son biotope. Son statut vis à vis de O. fuciflora est discuté, mais la coexistence des deux espèces sur certaines stations et la mise en évidence d'un pollinisateur spécifique plaident pour la séparation au niveau spécifique.

Je l'ai rencontrée en Alsace, début août, où elle était en fin de floraison.

 

 Ophrys fuciflora subsp. fuciflora (F.W. Schmidt) Moench 1802: Ophrys bourdon, Ophrys frelon.

Cette espèce fait le bonheur des orchidophiles du nord de la France par ses couleurs vives et sa variabilité. Elle a de larges sépales arrondis, de couleur allant du blanc pur au rose soutenu, avec une nervure centrale verte. Les pétales sont triangulaires et très courts, également blancs à rose. Le labelle assez grand a une forme assez "carrée" due à la présence à sa base de deux gibbosités plus ou moins marquées, et des bords le plus souvent étalés. Sa couleur est à dominante brun foncé, avec une macule très variable dans sa forme et son étendue, jaune et glabre, délimitant souvent des ocelles. L'appendice est grand et proéminent.

La sous-espèce type est largement répandue dans la moitié nord du pays, et elle est assez commune dans ses milieux, qui sont les prairies sèches du mesobromion. Plus au sud, la situation est compliquée, et plusieurs espèces proches ont été décrites pour les différencier des plantes croissant plus au nord: Ophrys aegirtica dans le sud-ouest, O. pseudoscolopax en Provence (voir plus bas sur cette page), O. annae en Corse, O linearis également en Provence. La sous-espèce elatior est décrite au dessus, au rang spécifique.

Les photos présentées concernent la sous-espèce type, et ont été faites dans l'Aisne.

Ophrys fuciflora Ophrys fuciflora Ophrys fuciflora Ophrys fuciflora Ophrys fuciflora Ophrys fuciflora

Et voici une variante à fleurs trilobées, sans valeur systématique, rencontrée sur le même site:

De telles plantes, rares, peuvent être à  l'origine de la mention de O. scolopax loin au nord de son aire de répartition traditionnelle.

Ophrys gresivaudanica O. Gerbaud 2002 - Ophrys du Gresivaudan

Cette espèce diffère de O. fuciflora par ses fleurs beaucoup plus petites (labelle de 9 mm de longueur environ, contre 10-15 mm pour fuciflora), plus souvent trilobées, et son allure bien plus gracile et élancée. La première fleur est parfois implantée à 20 cm du sol, et la tige atteint 40 cm, voire plus. En outre c'est une plante à floraison tardive, de mi-juin à mi-juillet. Elle est connue essentiellement du Grésivaudan, région de moyenne montagne de l'Isère où elle a été décrite, et où je l'ai observée en toute fin de floraison début juillet, grâce aux indications de son descripteur. Comme toutes les espèces à aire de distribution réduite, elle est rare.

Ophrys incubacea Bianca 1842 (synonyme O. atrata): Ophrys noir.

Cet Ophrys, à première vue assez semblable à O. aranifera, s'en distingue cependant assez facilement. Les pétales et sépales, à dominante verte, sont parfois lavés de rouge-orangé.  Le labelle, assez large et de couleur sombre, quasiment noire, porte deux gibbosités très décalées vers l'extérieur et à face interne glabre, alors que le pourtour du labelle porte une pilosité importante. Le champ basal est de même couleur que le centre du labelle, et la macule grisâtre forme deux lignes parallèles ou un H.

C'est une espèce méditerranéenne qui remonte jusqu'en Midi-Pyrénées, que j'ai rencontrée dans le Var pour la première fois (2 photos de gauche ci-dessous), et en très peu d'exemplaires et en tout début de floraison dans l'arrière pays Audois, en compagnie de quelques hybrides avec O. magniflora.

Ophrys incubacea Ophrys incubacea

Ophrys lupercalis J. Devillers-Terschuren et P. Devillers 1994: Ophrys des Lupercales, fête romaine de la mi-février.

Cette espèce fait partie du groupe d'Ophrys fusca. Sous ce nom ( signifiant "Ophrys brun" ) ont été longtemps regroupés  tous les membres du sous-genre pseudophrys (grossièrement, des Ophrys à labelle allongé à dominante brune et sépale central rabattu sur le gynostème), sauf Ophrys lutea. Mais depuis quelques années un bon nombre d'espèces ont été délimitées à l'intérieur de ce groupe (au moins 8 pour la France continentale et la Corse). Le binôme "Ophrys fusca" d'après certains ne désignerait qu'une espèce à grandes fleurs du Portugal, lieu d'où provient l'échantillon qui lui est rattaché. Les plantes présentes en France et s'en rapprochant ont été décrites sous le nom d'Ophrys lupercalis. Les caractéristiques pour reconnaître cette espèce sur le terrain sont: précocité de la floraison (de février à avril), labelle de longueur moyenne (env. 12 mm), de couleur brune, trilobé, les lobes latéraux étant souvent repliés vers le bas, ce qui donne un aspect étroit au labelle. Le labelle porte une macule formant deux lunules à centre brun rougeâtre plus clair que l'extrémité du labelle et à bordure grisâtre, laiteuse,  formant un  ω. Cette macule atteint presque les sinus (échancrures séparant les lobes latéraux du lobe central). La cavité stigmatique se prolonge en un sillon longitudinal court.

Du fait de la confusion régnant entre les différentes espèces qui ont été décrites récemment, il est difficile de donner la distribution d'Ophrys lupercalis, car il il faudrait avant revalider sur le terrain toutes les données anciennes. On peut cependant dire que c'est une espèce méridionale, cantonnée au sud d'une ligne Bordeaux-Gap, sauf peut être sur la façade atlantique. Les données plus septentrionales correspondraient à O. sulcata.

A cause de sa floraison précoce, je ne l'ai rencontrée lors de mon séjour dans le Var fin avril début mai qu'en un seul exemplaire présentant une dernière fleur fraîche. En 2006, un bref séjour sur le littoral méditerranéen m'a permis d'en découvrir deux pieds en fleur sur une arrière-plage des Pyrénées Orientales, dès le 17 février. Ensuite, j'ai pu en revoir de nombreux exemplaires en fin de floraison dans la même région fin avril, ainsi que de nombreux pieds fanés et quelques hybrides.

 

O. magniflora Geniez et Melki, 1992 - Ophrys à grandes fleurs   

Au sein des 4 espèces du groupe d'O. bertolonii présentes en France, Ophrys magniflora constitue, avec O. catalaunica que je n'ai pas encore rencontré, l'agrégat occidental. L'agrégat oriental est constitué de O drumana et O. aurelia. L'aire de répartition de ces deux agrégats ne se chevauche pas, mais au sein de chacun d'eux, les deux espèces peuvent se croiser et il existe des plantes difficiles à nommer.

Ophrys magniflora est indiscutablement une superbe espèce. Ses fleurs sont grandes et vivement colorées. On retrouve les sépales roses vif, rarement blancs, et les pétales allongés à bord ondulé, qui encadrent un labelle très sombre et ayant une pilosité abondante et longue près des bords. La macule, brillante, est en position centrale, et ne délimite un champ basal que très rarement. Contrairement à l'agrégat oriental, l'appendice est très petit et inséré dans une échancrure très réduite.

Son aire de répartition est très réduite, et centrée sur les Corbières et les contreforts de la Montagne Noire, avec de rares stations dans le Haut Languedoc et une donnée récente en Aveyron. Les photos ci-dessous ont été faites dans l'Aude:

Comme les 3 autres espèces proches, elle est protégée au niveau national.

Ophrys majellensis (H. Daiss) P. Delforge 1998: Ophrys de la Maiella

Cette espèce a été décrite en Italie dans la région qui lui a donné son nom. Ses fleurs à labelle brun, arrondi, à faibles gibbosités et forte pilosité marginale, ressemblent à celles d'O. passionis et O. incubacea. Cette espèce s'en éloigne par sa période de floraison bien plus tardive, environ 1 mois 1/2 après O. passionis, et sa stature élevée (les plantes françaises étant moins grandes que celles d'Italie qui atteignent 70 cm). Elle a été localisée pour l'instant uniquement dans l'extrême Sud Est de la France (Var, Alpes Maritimes), où je l'ai rencontrée.

 

Ophrys passionis Sennen ex J & P Devillers-Terschuren 1994: Ophrys de la Passion

J'ai déjà évoqué cette espèce avec celles poussant aux environs de Thiviers. Néanmoins, comme l'identification de ces plantes thibériennes est sujette à caution, et que j'ai eu l'occasion de voir des dizaines de pieds d'Ophrys passionis "certifiés" dans l'Aveyron, je vous en propose quelques clichés, avec en particulier un exemplaire d'une variété à sépales blancs vue en très peu d'exemplaires.

Ophrys philippi Grenier 1859: Ophrys de Philippe

L'histoire de cette espèce mérite d'être contée. Elle a été décrite en 1859 à partir de plantes de la région toulonnaise. Elle a ensuite été reprise dans plusieurs flores régionales, puis après la dernière citation la concernant en 1912, rien... jusque en mai 2000, où le cartographe local de la SFO, Pierre Michel Blais, trouve un étrange Ophrys lors d'une prospection. Je vous renvoie à son site pour les détails de la ré-identification de cette espèce:

http://perso.orange.fr/pm.blais/doss.opphil/cadre.opphil.html

Cet Ophrys ne ressemble à aucun autre, bien qu'ayant une ressemblance avec O. scolopax. Son labelle est quasiment cylindrique, subhorizontal, brun foncé et parcouru par une macule  complexe, formée de lignes verdâtres, qui occupent presque toute sa surface. A son extrémité, l'appendice de grande taille est redressé. A 1/3 de sa longueur, deux petites gibbosités très velues sont rabattues vers le bas. La cavité stigmatique est large et basse. Les pétales et sépales sont plus classiques. Aucun pollinisateur n'est connu à ce jour, mais gageons qu'il doit être atypique lui aussi!

Malgré des prospections intensives, cette espèce n'est toujours connue que d'une zone très limitée de la région toulonnaise. La population totale est de l'ordre de 250 pieds, ce qui en fait une des espèces les plus rares d'Europe. Elle mériterait des mesures de protection.

 

Ophrys provincialis (H. Baumann & Kunkele) Paulus 1988: Ophrys de Provence.

Cette espèce n'est actuellement signalée avec certitude qu'en Provence. Elle se différencie d'O. aranifera et des taxons proches par son labelle assez grand (12 mm), globuleux, de couleur dominante brun-rouge, portant une macule étendue de couleur gris-bleuté à bordure claire, s'étendant latéralement à la base et délimitant ainsi un champ basal rouge clair.

Elle fleurit fin avril - début mai sur les talus, dans les garrigues et les friches. Je l'ai rencontrée dans le Var.

Ophrys provincialis Ophrys provincialis Ophrys provincialis

Ophrys pseudoscolopax Paulus & Gack 1999 (syn. Ophrys linearis Delforge, Devillers et Devillers-Terschuren 2000 ; Ophrys fuciflora subsp. lorenae  De Martino & Centurione 2002)

La longue liste de synonymes énoncée ci-dessus montre bien que la systématique du groupe d'Ophrys fuciflora est loin d'être clairement établie!

Quelque soit son nom, cette espèce se différencie d'Ophrys fuciflora par ses fleurs plus petites, au labelle souvent bombé. Les gibbosités peuvent être importantes, et la fleur ressembler à celle d'Ophrys scolopax.  Ses nuances de couleur sont plus claires que fuciflora, mais ce n'est pas un critère fiable.

Sur le terrain, la distinction entre fuciflora et pseudoscolopax n'est pas simple, surtout dans la zone où les deux espèces coexistent, par exemple dans la Drôme. Ophrys fuciflora se rencontre alors plus en altitude, pseudoscolopax en plaine. Mais la distinction doit se faire plus sur l'ensemble d'une population que sur des plantes isolées.

Les photos ci-dessous ont été faites dans la Drôme et en Ardèche.

Ophrys pseudoscolopax Ophrys pseudoscolopax Ophrys pseudoscolopax Ophrys pseudoscolopax Ophrys pseudoscolopax

Ophrys splendida Gölz & Reinhard 1980: Ophrys splendide, brillant, ...

Cette ravissante espèce de description récente était auparavant rattachée à O. arachnitiformis. Elle est cependant bien caractérisée. On notera donc ses sépales blancs à nervure verte bien marquée, ses sépales larges bicolores (centre blanc rosé, bords verts à oranges et ondulés), sont petit labelle (9-10 mm) arrondi, portant parfois des gibbosités, de couleur brune avec une  marge jaune et glabre, et orné en son centre d'une macule gris bleu soulignée d'un liseré blanc.

On ne la rencontre que du Gard aux Alpes Maritimes, plus une station étonnante en ...Haute Normandie. Comme beaucoup d'autres elle fleurit en avril - mai sur les talus, les garrigues, les pelouses. J'ai eu le plaisir de la photographier dans le Var, en argentique. Mon retour dans la région en 2007 a été plus tardif, mais il restait un dernier pied avec une dernière fleur exploitable!

Ophrys splendida Ophrys splendida

 

Ophrys tenthredinifera  Willdenow 1805 - Ophrys guêpe

Les Tenthrèdes sont de petites guêpes dont les larves dévorent le bord des feuilles en y faisant des crans caractéristiques, d'où leur nom de mouches à scie. Leurs couleurs, noires et jaunes, n'ont qu'un lointain rapport avec ce magnifique Ophrys. Mais cela ne doit pas nous dissuader de l'admirer!

C'est une espèce facile à reconnaître (pour une fois... !!!). Ses sépales, larges, sont de couleur rose vif. Les pétales sont courts et triangulaires, en forme de fer de flèche. Le labelle, de grande taille (15 mm de long environ), est brun en son centre, avec une macule  assez réduite et gris-bleu. Ses bords sont largement étalés et même retroussés vers l'avant, de couleur jaune vif, avec une pilosité désordonnée de la même couleur, plus longue à la base des gibbosités. Le champ basal et la cavité stigmatique sont rouge vif. L'appendice, assez gros, est implanté dans une échancrure assez profonde, et il est relevé vers le haut.

Cette espèce très commune dans la péninsule ibérique est très rare chez nous, où elle atteint sa limite nord sur le littoral méditerranéen, dans l'Aude et les Pyrénées Orientales, ainsi qu'en Corse. Vu sa rareté, je suis allé jusque en Espagne pour rapporter les photos ci-dessous, où elle était en fin de floraison autour du 20 avril:

C'est une espèce protégée au niveau national.

Ophrys vasconica  (O. et E. Danesch) P. Delforge 1991 - Ophrys de Gascogne

Cet Ophrys a été décrit du sud ouest de la France en 1969, comme une sous-espèce de O. fusca. Il s'agit d'une espèce d'origine hybridogène, entre un membre tardif du groupe d'Ophrys fusca (certainement O. sulcata), et une autre espèce aujourd'hui disparue en France, mais toujours bien présente en Espagne, Ophrys dyris.

Ophrys vasconica se reconnaît à l'extrémité de son labelle, qui est arrondie "en gant de boxe", ainsi que les lobes latéraux. La pilosité latérale est longue et claire. La macule est un autre critère distinctif, elle est soulignée à son extrémité par un ω clair, très net, qui est un héritage de O. dyris.

O. vasconica est présente essentiellement dans le Gers et la Haute Garonne, et se rencontre plus épisodiquement dans l'Aude, l'Ariège et le Tarn. Des plantes se rapprochant de cette espèce sont également présentes sur l'île d'Oléron. C'est une espèce peu abondante, protégée en Aquitaine, mais qui mériterait une protection plus large.

Je l'ai rencontrée dans les Corbières, en tout début de floraison, fin avril.

Ophrys virescens (Grenier) Philippe 1859: Ophrys verdissant

Pour simplifier, cette espèce peut être décrite comme un Ophrys araneola tardif à fleurs sombres. Le labelle paraît moins petit par rapport aux sépales, la plante est plus robuste, moins florifère. Ses fleurs en fanant virent au vert, d'où son nom. Mal connue, son aire de répartition serait méditerranéenne. Elle fleurit fin avril - début mai dans les garrigues. Je l'ai rencontrée avec certitude dans le Var, mais certains "Ophrys araneola" de l'Aveyron pourraient être rattachés à ce taxon. J'en ai revu d'autres exemplaires avec certitude sur le littoral méditerranéen en 2006, fin avril, à basse altitude. Ces plantes commençaient seulement à s'épanouir alors que Ophrys occidentalis et O. lupercalis étaient en toute fin de floraison, et O. scolopax en pleine fleurs, ce qui est une phénologie tardive. Je suis plus circonspect sur l'identité des "O. araneola" vus en nombre en pleine fleurs dans les hautes Corbières à la même époque, alors que O. aranifera était en pleine floraison, O. lupercalis en fin, et O. scolopax en début de floraison.

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