Autres Ophrys - 1

 

Ophrys apifera  Hudson var aurita Moggridge

L'Ophrys abeille, du fait de sa reproduction majoritairement par autopollinisation, est plus fréquemment atteint que les autres par des anomalies de forme ou de couleur. En effet, une plante anormale, puisqu'elle peut s'autoféconder sans faire appel à un pollinisateur extérieur, pourra multiplier son génome alors que chez d'autres espèces elle s'éteindrait sans descendance. On a ainsi vu un pied dont toutes les fleurs n'avaient pas de labelle, mais qui ont quand même été fécondées!

La variation ici présentée est la plus "simple" de toutes celles enregistrées et nommées chez O. apifera. Elle consiste en la présence de pétales allongés, alors qu'ils sont normalement courts et triangulaires. Il en existe d'autres beaucoup plus spectaculaires.

Les photos ont été faites dans la Meuse.

Ophrys apifera var aurita

Ophrys arachnitiformis Grenier & Philippe 1859 = Ophrys exaltata subsp. arachnitiformis ( Grenier et Philippe) Del Prette 1984 - Ophrys en forme d'araignée

Jusque à il y a quelques années, O. arachnitiformis était considéré comme une espèce à large répartition méditerranéenne, avec deux formes: une à sépales roses, majoritaire en Provence et rare au-delà de la 1ère couronne de départements méditerranéens, et une à sépales verts s'étendant jusque à la façade atlantique. Ces deux formes ont été séparées et décrites sous divers statuts (sous-espèces, espèces), et le binôme Ophrys arachnitiformis se retrouve affecté à la forme à sépales roses.

Cette espèce est très précoce (février à mars), aussi elle était déjà fanée sur la plupart des sites favorables où j'aurais pu la rencontrer lors de mon séjour dans l'Aude fin avril. Néanmoins, la plante ci-dessous, vue dans l'arrière pays audois au milieux de nombreux O. occidentalis et O. "araneola", semble bien correspondre aux caractères de l'espèce: port élancé, sépales roses à nervure centrale verte, pétales allongés plus foncés que les sépales et à bords sinueux, labelle ovale, entier, un peu allongé.

Ophrys arachnitiformis Grenier & Philippe 1859  subsp. occidentalis Scappaticci, 2002 (= Ophrys exaltata subsp. marzuola Geniez, Melki & Soca, 2002; = Ophrys occidentalis G. Scappaticci & M. Demange 2005): Ophrys en forme d'araignée, Ophrys de mars, Ophrys occidental.

Le statut taxinomique de ces plantes fleurissant dans le midi de la France est sujet à discussion (cf. ci-dessus), et plusieurs synonymes ont été proposés pour leur donner un statut d'espèce ou de sous espèce. Ceci est d'autant plus compliqué que sur la façade méditerranéenne, on trouve des plantes proches à périanthe rose, ainsi que des intermédiaires.

Quoi qu'il en soit, cette espèce proche d'Ophrys aranifera s'en distingue par sa floraison précoce (de février en région méditerranéenne à mars-avril), son champ basal de même couleur que le centre du labelle, et un aspect du labelle vu de face plus rectangulaire. C'est une espèce assez variable, ce qui ne facilite pas sa détermination.

Je l'ai rencontrée en début de floraison sur une de ses stations les plus septentrionales dans le Lot et Garonne, au mois de mars, puis en fin de floraison plus tard et plus en altitude dans l'Aveyron, fin mai. Les quatre premières photos ont été faites dans le Lot et Garonne, la dernière dans l'Aveyron.

Ophrys arachnitiformis

Je l'ai ensuite revue en abondance dans l'Aude en 2006, en toute fin de floraison, à la fin du mois d'avril. En voici quelques clichés:

 

Ophrys aveyronensis (J. J. Wood) P Delforge 1984: Ophrys de l'Aveyron

Comme son nom l'indique, cette espèce est endémique des grands causses, et plus précisément du sud du Larzac. On la trouve donc quasi exclusivement dans L'Aveyron, et dans quelques stations de départements voisins (Lozère et Hérault). Au total seule une trentaine de stations est connue. Cette plante est donc particulièrement rare. Mais certaines plantes du nord de l'Espagne lui ressemblent beaucoup, et il y a controverse pour déterminer s'il s'agit de la même espèce ou pas

Il s'agit en tout cas, et sur ce point il n'y a pas controverse, d'une plante magnifique. On la reconnaît à ses sépales généralement rose vif, plus rarement blanc-rosés, à ses pétales larges et vivement colorés de rose, et à son labelle grand, arrondi, à couleur de fond marron, et dont la macule est très variable: elle peut aller d'un "H" assez simple à un réseau diffus occupant la plus grande partie du labelle.

Cette espèce présente une assez grande variabilité, illustrée par les photos ci-dessous. Ne manquez pas non plus de jeter un coup d'oeil aux hybrides!!

Ophrys aveyronensis
Ophrys aveyronensis

 

Ophrys aymoninii (Breistroffer) Buttler 1986: Ophrys d'Aymonin

Avec Ophrys aveyronensis, c'est une des deux orchidées endémiques des Grands Causses. C'est une espèce proche de Ophrys insectifera, dont elle n'a été séparée que récemment. Elle s'en distingue par la large bordure jaune de son labelle, ses pétales verts et les loges des pollinies jaunes (rouges chez O. insectifera).

Les plantes photographiées l'ont été dans l'Aveyron. J'ai pu y remarquer une forte proportion d'hybrides, en particulier avec O. araneola, mais également avec O. passionis et, plus dur à détecter, O. insectifera (voir la page hybrides). Comme toute espèce à aire de répartition réduite, ses effectifs ne sont pas très élevés et elle mériterait une protection nationale.

Ophrys aymoninii Ophrys aymoninii Ophrys aymoninii Ophrys aymoninii

 

Ophrys aurelia Delforge et Devillers-Terschuren 1989 ( = Ophrys bertolonii Moretti 1823) : Ophrys aurélien

Cette espèce doit son nom à sa répartition géographique. On le rencontre essentiellement sur le littoral méditerranéen, là où passait dans l'Antiquité la Via Aurelia. Mais il se rencontre également par endroits dans l'arrière pays, et peut former des populations intermédiaires avec O. drumana

Il s'en distingue par ses fleurs plus grandes, moins nombreuses, à plus grande largeur vers l'extrémité. La macule est décalée vers l'extrémité du labelle, et l'appendice est plus gros et logé dans une échancrure plus grande. De profil, le labelle a souvent un aspect cambré, comme une selle.

C'est une espèce rare, protégée au niveau national.

J'ai eu le plaisir de l'admirer dans la Drôme, l'Ardèche et les Alpes Maritimes.

Ophrys aurelia Ophrys aurelia Ophrys aurelia Ophrys aurelia Ophrys aurelia

Ophrys drumana Delforge 1988: Ophrys de la Drôme ( = Ophrys bertolonii Moretti subsp. saratoi (E.G. Camus ) Soca 2001)

Avec les autres membres du groupe d'Ophrys bertolonii présents en France, c'est (à mon avis) une des plus belles orchidées de notre flore. On la reconnaît a ses pétales roses allongés à bords ondulés,ses sépales roses, rarement blancs, et à son labelle à plus grande largeur vers le centre, de couleur générale brun-noir, à pilosité rase, et orné en son centre d'une macule assez grande de couleur gris-bleu à rougeâtre à reflets métalliques. L'appendice est plus petit que chez O. aurelia et est placé dans une échancrure moins profonde. De profil, le labelle est plan, voire légèrement bombé.

Comme les trois autres espèces proches présentes dans notre pays, c'est une espèce protégée au niveau national. On la rencontre dans le sud-est de la France dont elle serait endémique, laissant sa place à d'autres espèces proches dans le nord de l'Italie ou plus à l'ouest.

Les photos présentées ont été prises en Ardèche et dans la Drôme, où les contrefort du Vercors accueillent le gros de ses populations.

Ophrys drumana Ophrys drumana Ophrys drumana Ophrys drumana Ophrys drumana Ophrys drumana

Ophrys bilunulata Risso 1844 (neotype Delforge 1999) Ophrys à 2 lunules

La description de cette espèce par Risso, accompagnée d'une diagnose ambigüe, a contraint P. Delforge à proposer un nouveau type en 1999 pour le binôme qu'il avait utilisé pour nommer cette espèce. Il s'agit de relier cette description à un échantillon d'herbier, ce qui a été fait à partir d'une plante prélevée dans les Alpes Maritimes. Le binôme Ophrys bilunulata est dès lors raccroché à une espèce, même si il n'est pas du tout certain que ce soit celle désignée à l'origine par Risso!

Quoi qu'il en soit, la plante désormais désignée sous ce nom est un pseudophrys à fleurs de taille moyenne, au labelle de 12 - 15 mm de long, d'aspect assez plat et souvent proche de l'horizontale. Le sillon qui prolonge la cavité stigmatique est court. La macule a un aspect marbré de brun et de gris-bleu. La pilosité brune qui recouvre le reste du labelle est également ponctuée de taches plus claire. Le labelle a en général une étroite marge jaune et glabre, très nette. Les sinus séparant les lobes latéraux et le lobe médian sont étroits.

Outre ces critères distinctifs, sa floraison est plus tardive d'environ 3 semaines par rapport à O. lupercalis. C'est une espèce localisée au pourtour méditerranéen, où elle n'est pas très courante. Elle est cependant assez abondante sous les pinèdes du massif de la Clape où je l'ai rencontrée. Je l'ai également vue en pleine garrigue près de Rivesaltes.

Ophrys bombyliflora Link 1800 Ophrys bombyx

Ce petit Ophrys ne peut être confondu avec aucun autre, il constitue à lui seul une section très isolée au sein du genre Ophrys.

Ses sépales sont verts vif et largement ovales, et sont souvent rejetés vers l'arrière. Les pétales sont triangulaires, brun à la base et tirant sur le vert à leur extrémité. Le labelle est trilobé, bombé, plus large que long ( 8 x 12 mm), de couleur brune. Les lobes latéraux sont densément poilus. La macule est réduite. La cavité stigmatique est entourée de crêtes noirâtres. Le gynostème a des loges polliniques rouge vif à l'extérieur.

C'est une espèce de petite taille (10 - 30 cm), qui porte peu de fleurs (2 à 4). Cette espèce, commune plus au sud, atteint sa limite nord de répartition dans la région méditerranéenne française. Elle est capable de se reproduire par voie végétative, ce qui explique que l'on puisse en rencontrer des populations denses.

Je l'ai rencontrée sur le massif de la Clape dans l'Aude, où elle est rare, comme partout en France. C'est une espèce protégée au niveau national, ce qui n'a pas empêché une des plus belles stations de la Clape d'être détruite pour faire place à des vignes.

Ophrys ciliata Bivona-Bernardi 1806 (syn.: Ophrys speculum Link 1800) : Ophrys miroir

Cette espèce est un des fantasmes de l'orchidophile français. En effet, si elle est commune dans le sud de l'Europe, elle n'existe chez nous qu'en quelques pieds épars et parfois éphémères.

La raison de cette rareté est certainement l'absence de son pollinisateur, l'abeille Campsoscolia ciliata, qui l'empêche de se répandre dans les biotopes qui pourraient lui être favorables.

Cette espèce est impossible à confondre avec une autre. Ses sépales sont verdâtres et parcourus de deux bandes brunes, le central est rabattu sur le gynostème. Le labelle a une marge portant une pilosité brune particulièrement abondante et longue. Le centre du labelle est occupé par une macule bleue brillante, la périphérie est jaune à vert. Vu de dessus le labelle imite de manière saisissante les ailes brillantes d'un insecte, avec la pilosité de l'abdomen qui dépasse autour.

Elle a été notée en France essentiellement sur le pourtour méditerranéen et en Corse, mais également plus loin vers le nord, en Charente, Charente maritime, Lot et Garonne, et dans la Drôme où je l'ai vue pour la première fois. . En 2006, j'espérais bien la revoir sur une station classique du massif de la Clape, mais elle y était déjà fanée. J'ai eu énormément de chance d'en trouver un autre pied en pleine fleurs au hasard de mes pérégrinations, puis 3 autres pieds dans les Corbières. Inutile de dire que je me suis appliqué pour les photographier!

C'est une espèce protégée au niveau national.

Tout récemment, deux pieds ont été découverts en Dordogne, rajoutant un joyau à la flore du département !

Ophrys corbariensis J. Samuel & J.M. Lewin 2002: Ophrys des Corbières

Ce taxon de description récente désigne des populations de plantes tardives (fin mai début juin, à basse altitude), proches de O. scolopax, et à grosses fleurs (labelle de 14.5 mm en moyenne). Elles qui poussent dans les garrigues calcaires et thermophiles du Languedoc et du Roussillon, au pied des Corbières qui leur ont donné leur nom.

Outre la taille des fleurs et la phénologie, O. corbariensis  se distingue par son labelle subhorizontal, et ses gibbosités réduites par rapport à O. scolopax.

J'ai découvert cette espèce, guidé par un de ses descripteurs, sur le littoral de l'Aude et des Pyrénées Orientales. Elle y est localisée, peu abondante, et certaines stations sont menacées par l'urbanisation ou la viticulture. 

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