Epipogium

Epipogium aphyllum Swartz 1814: Epipogon sans feuille

Cette espèce est assez à part dans notre flore. Il s'agit déjà d'une des rares orchidées non chlorophylliennes, elle tire sa nourriture de la matière organique du sol, à partir de son rhizome ramifié. Le nom d'espèce rappelle qu'elle n'a pas de feuilles.

Ensuite, avec les Nigritelles et le Liparis, c'est une des rares espèces de notre flore dont la fleur a le labelle dirigé vers le haut. Celui-ci, assez large, blanc et muni de 4 rangées de papilles roses, a donné son nom au genre (du Grec epi = sur et pogon = barbe). Il porte également un éperon obtus. Les sépales et pétales latéraux sont vert-jaunes, allongés, les bords repliés en canal, et rayonnent vers le bas.

L'ensemble a un aspect fragile, friable.

Enfin, la floraison de cette espèce est capricieuse. Si les conditions sont défavorables, elle peut fleurir sous terre, ou pas du tout, et ceci plusieurs années de suite. Quand les conditions sont réunies, elle fleurit en été.

Son biotope optimal est un sous-bois de montagne, frais, basique, avec un tapis de mousse. En France elle est présente dans tous les massifs continentaux et en Corse, mais elle n'est jamais abondante.

Je l'ai rencontrée en 2007 sur le versant alsacien des Vosges, après plusieurs passages infructueux les années précédentes. Il n'y avait qu'une poignée de pieds, mais j'étais immensément heureux de pouvoir enfin la contempler! Les photos ont été difficiles à prendre, la station étant très sombre.

Goodyera

Goodyera repens (Linné) R. Brown 1813: Goodyère rampante

Ce genre ne comporte qu'une seule espèce dans notre flore. On ne peut guère la confondre qu'avec un Spiranthes. Outre son écologie, on la reconnaîtra à sa petite taille (10-15 cm), et à ses feuilles ovales assez larges parcourues par des nervures en réseau qui leur donnent un aspect gaufré. De plus elles sont présentes toute l'année. Ces deux caractéristiques sont uniques parmi les orchidées de nos régions. Les fleurs sont très petites, blanches, peu ouvertes et poilues à l'extérieur.

C'est une des rares espèces d'orchidées en expansion chez nous, car elle affectionne les plantations de résineux, ce qui correspond aux pratiques actuelles de la sylviculture. On la rencontre un peu partout en France, sauf sur la façade atlantique et dans le sud-ouest mais elle est quand même bien plus commune dans l'est du pays. J'en connais une seule station dans la Meuse, et une dans les Vosges où j'ai enfin pu en faire des photos correctes grâce au flash annulaire.

Herminium

Herminium monorchis (Linné) R. Brown 1813 : Orchis musc

Cette petite espèce est extrêmement discrète, à cause de sa taille et de sa couleur verte uniforme. Elle porte en général deux feuilles opposées à sa base, et 1-2 petites feuille caulinaires. Ses fleurs sont très petites, pendantes, de couleur vert-jaune. Les sépales et pétales sont rassemblés en cloche d'où émerge le labelle trilobé, long d'environ 4 mm. Il n'y a pas d'éperon.

C'est une plante de pleine lumière, qui pousse dans des praires sur substrat calcaire à neutre, et allant des prairies sèches aux pâturages humides et aux dépressions d'arrière dune. Malgré cette apparente plasticité, c'est une espèce peu commune, et qui a très fortement régressé sur toute son aire. On ne la rencontre plus qu'en montagne dans les Alpes, et en Picardie, Nord Pas de Calais, Normandie, Bas Rhin et Haute Marne. C'est dans ce dernier département que je l'ai rencontrée dans un marais tufeux.

Himantoglossum

Himantoglossum robertianum (Loiseleur) P. Delforge: Orchis géant, Barlie

On la connaît aussi sous les noms Barlia robertiana, voire Orchis longibractea. C'est une très belle plante, très précoce puisqu'elle commence à fleurir début février. Plante méditerranéenne autrefois considérée comme très rare, elle s'est répandue dans toute la région méditerranéenne et le couloir rhodanien jusqu'à Lyon. Des pieds "pionniers" ont même été trouvés aux environs de Paris! A l'époque où elle fleurit on ne peut la confondre avec aucune autre orchidée, au début car elle est la seule avec quelques Ophrys, et ensuite car sa robustesse (jusqu'à 1m) et ses grandes fleurs roses, à labelle trilobé aux bords externes ondulés la distinguent des autres Orchis au sens large.

Je l'ai bien connue du temps où j'étais étudiant à Montpellier, mais à l'époque je n'avais pas d'appareil photo. Et quand je suis retourné dans la région, elle était déjà fanée. Je n'ai trouvé qu'un seul pied avec ses dernières fleurs reconnaissables aux portes des gorges du Verdon. Ensuite, j'ai eu le plaisir d'en revoir des pieds un peu plus frais, mais déjà avancés, lors d'un séjour dans l'Aude fin avril. Cette espèce étant particulièrement précoce (des pieds fleurissent régulièrement en janvier dans les endroits bien exposés), il faudrait presque un voyage spécifique pour l'admirer !

 

Neotinea

Neotinea maculata (Desfontaines) Stearn 1974: Orchis maculé, Orchis intact

Cette discrète orchidée est caractérisée par ses petites fleurs en épi compact, peu ouvertes, au labelle à trois lobes et au coeur taché de violet-rouge. Ses feuilles assez allongées sont ordinairement maculées de violet-noir, et ont donné son nom à cette espèce. On la rencontre surtout en région méditerranéenne, ainsi que, rarement, en Aquitaine (Gironde et Landes, où elle est protégée), et dans le Finistère où une station a été découverte en 2001. Sa très petite taille, souvent moins de 15 cm, la rend très discrète, et elle peut facilement passer inaperçue.

Autrefois monospécifique, le genre Neotinea s'est agrandi à la suite des études génétiques qui ont amené à réviser la nomenclature du genre Orchis s.l. (voir N. tridentata et conica ci dessous).

Je n'en ai vu en tout et pour tout qu'un seul pied dans le Var, puis une poignée d'autres dans l'Aveyron l'année suivante, mais déjà fanés. Enfin un séjour dans l'Aude m'a permis d'en voir une belle population, en pleine fleurs!

Neotinea tridentata (Scopoli) R.M. Bateman, Pridgeon & M.W. Chase 1997: Orchis à trois dents

Cette très jolie plante mériterait d'être bien plus grosse! Elle ne dépasse malheureusement que rarement les 30 cm de haut . On la reconnaîtra à ses petites fleurs à périanthe formant un casque blanc rosé à violacé aux pièces se terminant en pointes fines (d'où son nom), et au labelle trilobé de couleur blanc rosé et parsemé de petites tâches violettes.

On ne la rencontre en France que dans de sud-est où elle n'est pas très commune. Elle croît dans les friches, les pentes herbeuses, de pleine lumière à mi-ombre, de mi-avril à fin mai, ou début juin en altitude où elle atteint les 1000 m. Elle s'hybride assez fréquemment avec sa proche parente N. ustulata.

Les photos présentées ci-dessous ont été prises en Ardèche à Crussol, sur un site où cette espèce pourtant protégée se raréfie en raison de la fréquentation mal régulée des pelouses où elle vit, et dans la Drôme.

Neotinea tridentata Neotinea tridentata Neotinea tridentata Neotinea tridentata

J'ai eu le plaisir de revoir de belles populations de cette espèce dans l'arrière pays de Grasse, et je ne résiste pas au plaisir de vous présenter quelques autres clichés de cette magnifique espèce:

Neotinea conica (Willdenow) R.M. Bateman 2003 Orchis conique

Par rapport à N. tridentata, cette espèce se distingue par ses fleurs plus pâles, plus petites, au labelle plan, aux sépales à nervures vertes marquées à la base, et par la forme de son inflorescence. En France, les deux espèces ont une aire de répartition qui ne se recouvre pas, N. conica n'étant présente que dans l'Aude et les Pyrénées Orientales où elle croît dans les prairies maigres. Elle y est rare.

En proportion, l'hybride avec N. ustulata est beaucoup plus rare que chez N. tridentata.

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