Quelques autres orchidées de France

Genre Anacamptis

Anacamptis champagneuxii (Barnéoud) R.M. Bateman, Pridgeon & M.W. Chase 1997: Orchis de Champagneux

Cette espèce est très proche de A. morio, dont elle a été considérée par certains comme une sous-espèce . Elle s'en distingue par son labelle au centre blanc sans tâches aux lobes moins marqués et repliés latéralement. Cette espèce méditerranéenne forme souvent des colonies importantes grâce à une multiplication végétative efficace à  partir de stolons. C'est une espèce plus précoce que A. morio.

Les photos ci-dessous ont été faites dans le Var.

Anacamptis picta (Loiseleur) R.M. Bateman, Pridgeon & M.W. Chase 1997 : Orchis peint

C'est un autre taxon  proche de A. morio, et souvent considéré comme une sous-espèce (voire un simple écotype) remplaçant le type dans les plaines méditerranéennes. Il s'en distingue par son port plus élancé, son inflorescence plus lâche, ses fleurs plus petites, moins nombreuses, aux lobes latéraux rabattus en arrière, et sa couleur plus constante (moins d'individus pâles).

Lors de mon premier séjour dans le Var,je me suis aperçu après être rentré que j'avais négligé de photographier l'espèce la plus abondante! Je n'avais que quelques clichés d'un exemplaire moche pris en tout début de séjour. En 2007, à basse altitude, elle était déjà fanée, seuls quelques derniers fleurons subsistaient. Dans les Pyrénées Orientales, à moyenne altitude, quelques pieds d'une grosse population de morio dans une prairie tendaient vers la sous-espèce picta (photo de droite).

Voir aussi l'hybride avec Serapias neglecta.

Anacamptis coriophora (Linné) R.M. Bateman, Pridgeon & M.W. Chase subsp. martrinii (Timbal - Lagrave) Jacquet & Scappaticci 2003 (= Orchis coriophora subsp. martrinii): Orchis de Martrin

Cette sous-espèce est essentiellement répandue dans la péninsule ibérique, d'où elle déborde rarement sur le versant français des Pyrénées. Elle se distingue de la sous espèce type par son éperon, particulièrement épais, comprimé verticalement, et ne se rétrécissant que près de son extrémité. Les fleurs sont de couleur assez constante, pourpre rougeâtre. Les feuilles sont larges, comme le type.

Elle n'est connue en France qu'en Haute-Garonne et dans les Pyrénées Orientales, où je l'ai rencontrée, en tout début de floraison, dans un pâturage à plus de 1000m d'altitude.

Comme les 2 autres sous-espèces, c'est une plante protégée au niveau national.

Anacamptis papilionacea subsp. expansa (Raynaud) R.M. Bateman, Pridgeon & M.W. Chase 1997 : Orchis papillon

C'est une très belle espèce, malheureusement peu courante. Elle ne peut être confondue avec une autre espèce, et se reconnaît à son labelle entier de couleur rose, évasé en cuiller, au bord crénelé et parcouru de tirets violacés. Le taxon présent sur le continent serait une sous-espèce à fleurs grandes et au centre du labelle coloré, par opposition au taxon type présent en Corse, à fleurs plus petites et au labelle à centre blanc. On la rencontre en France uniquement en région méditerranéenne et en Midi-Pyrénées.

J'ai eu le plaisir de la rencontrer pour la première fois le Var, où j'ai pu la photographier après une looongue attente pour que le vent veuille bien se calmer! Ce plaisir s'est renouvelé en 2004 dans l'Aveyron, où en plus d'individus splendides se trouvaient également des hybrides (voir la section de ce site qui leur est consacrée), et en 2007 avec quelques plantes en fin de floraison dans les Alpes Maritimes. .

Genre Cypripedium

Cypripedium calceolus Linné 1753: Sabot de Vénus

Il s'agit là du joyau de la flore orchidéenne française, et même de la flore nationale!

Il faudrait le faire exprès pour confondre le Sabot avec une autre espèce quand il est fleuri. Son grand labelle creux et jaune vif, ses sépales et pétales latéraux brun chocolat et spiralés sont inimitables... sauf par d'autres Cypripedium, mais on n'en rencontre qu'en Asie et en Amérique du Nord. Avant la floraison, on peut confondre ses pousses avec des Epipactis, les feuilles étant assez semblables dans leur forme, mais celle du Sabot sont plus grandes.

C'est la seule Orchidée présente en France qui ait deux étamines fonctionnelles. Elle se sert pour la pollinisation de son labelle comme d'un piège pour de petits insectes. Ceux-ci, après avoir été attirés au fond par une odeur suave (pour eux), se retrouvent dans l'impossibilité d'en ressortir par là où ils étaient venus. Le seul chemin praticable, balisé par des poils, les oblige à se frotter aux étamines au passage, et donc à se couvrir de pollen qu'ils iront déposer ensuite au sein d'une autre fleur. On soupçonne même cette diablesses de plante d'enivrer ses victimes pour qu'elles se laissent ensuite séduire plus facilement par une autre plante (voir la page consacrée à la pollinisation).

Il faut insister ici sur la raréfaction inquiétante de cette espèce, qui est protégée au niveau national et européen. Elle est en effet victime du bouleversement de ses milieux, et de la convoitise de l'homme. Elle affectionne en effet les milieux frais et clairs, et se retrouve donc le plus à son aise dans les forêts de feuillus de moyenne montagne, sur sols calcaires. Le remplacement des feuillus par des résineux pour des questions de rentabilité n'est donc pas du tout à son goût. Ensuite son aspect attrayant en fait une victime toute désignée pour orner les tables dans des bouquets, quand elle n'est pas tout simplement déterrée pour être repiquée au fond d'un jardin...  et y mourir dans l'immense majorité des cas. Ceci explique la baisse de ses effectifs, surtout aux plus basses altitudes.

Heureusement, il existe quelques endroits privilégiés où on peut encore l'admirer. J'ai eu ce bonheur, en Haute Marne.

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